L’île (Ostrov) de Pavel Lounguine – Les Séances
Ecrit par Herve le Dimanche 13 janvier 2008
Pour savoir où est projeté le film « l’île » (Ostrov) de Pavel Lounguine, Cliquez ICI.
Une petite présentation du film
Une splendide œuvre liturgique
Après La Noce et Un Nouveau Russe, Pavel Lounguine opère un tournant dans sa filmographie, abordant cette fois, non plus des questions sur la société russe contemporaine, mais le sujet religieux, donc le mystique et l’intemporel.
L’île nous raconte la longue histoire tragique d’un jeune marin devenu moine, réfugié sur une île, au large de la Mer Blanche. Après un superbe plan-séquence d’ouverture (une barque voguant sur l’eau), flash-back. En 1942, les Allemands prennent d’assaut un navire russe. Le jeune moussaillon terrifié implore d’avoir la vie sauve, ce qu’on lui accorde, à condition qu’il tue son capitaine de bord. Pris de panique, le garçon d’équipage s’exécute, presque accidentellement, tirant à bout portant une balle que l’on suppose mortelle. L’homme tombe à la mer. La flotte est incendiée… Miraculeusement, le jeune marin en réchappe, recueilli par une communauté de moines, dont il va devenir l’un des frères.
Les années ont passé, le père Anatoli est seul sur son île, dans l’hiver glacé, le visage et les mains couverts de suie, ramassant inlassablement le charbon qui lui sert à chauffer son rustique ermitage. Il mène une vie rude, ascétique, consacrée au labeur et à la prière. Mais Anatoli n’est pas tout à fait un moine comme les autres, c’est un religieux hanté par le péché, frondeur, insoumis, révolté, entre rage et fureur, piété et illumination. Les autres l’ont pardonné, mais lui n’a pas connu la rédemption de son crime. Son existence est un lent chemin de croix ; et son île, une sorte d’enfer à ciel ouvert.
Pavel Lounguine réalise une splendide œuvre liturgique ancrée dans l’orthodoxie russe et habitée par l’âme slave. Il s’inscrit dans la tradition des Dreyer, Bresson, Bergman, Tarkovski… Celle d’un cinéma traversé de fulgurances, en quête du Beau, du Vrai, du Salut qui conduit l’Homme à surpasser son funeste Destin. D’une certaine manière, son personnage est un Saint, un martyr, il incarne la figure de l’ange sacrifié, à la recherche d’une sagesse, d’une vérité, face à la transcendance et à l’espoir du divin. C’est un homme qui s’est tourné vers Dieu pour fuir l’horreur humaine.
Incroyablement, ce film d’une noirceur totale parvient à nous éclairer par ses contrastes (à l’instar du charbon sur la neige), pour apparaître aussi virginal que la blanche lumière de l’aube sur la mer gelée…
Histoire de scénario
Le scénario de L’Île a été écrit par Iouri Arabov au VGIK (Institut National du Cinéma) et est parvenu par un heureux hasard jusqu’au réalisateur Pavel Lounguine qui fut bouleversé par ce texte.
Choisir Piotr Mamonov pour le rôle principal était une évidence pour Pavel : « son visage est tellement extraordinaire que je n’aurais pas pu imaginer un autre acteur à sa place. » L’Île marque leur seconde réalisation, dix-huit ans après Taxi blues.
Des acteurs engagés
Piotr Mamonov n’est pas seulement comédien il est aussi chanteur et fondateur du groupe de rock Zvuki Mu qu’il a quitté lorsqu’il est devenu croyant.
Pourquoi ceux-là
Pavel Lounguine a choisi scrupuleusement ses acteurs afin qu’ils collent le mieux aux personnages qu’ils interprètent : « J’ai rencontré Dioujev il y a un an et j’ai aimé sa manière de jouer. Il n’a pas eu peur d’interpréter un personnage très différent de ses rôles précédents. Tous les trois m’ont beaucoup soutenu sur ce film, ce qui n’est pas si courant chez les comédiens. Ma comédienne préférée, Nina Oussatova, a un rôle dans le film, et il y a également des acteurs que j’ai dirigés pour la première fois. Vika Issakova a été une véritable révélation. Vous savez, j’adore les acteurs. Je ne les considère pas comme des jouets, mais comme des co-auteurs.«
Les décors
De nombreuses recherches en amont ont permis de trouver les bons décors : « Nous avons tourné à Kem. (…) Nous avons mis du temps à trouver un tel site : nous sommes d’abord allés sur les îles Valaam, puis sur le lac Seliger et dans la région du lac Ladoga. » confie le réalisateur.
Tout est vieux
Aucun moindre signe de modernité ne devait apparaître dans les décors comme l’explique Pavel Lounguine : « Nous sommes alors allés plus au nord, jusqu’à la Mer Blanche, et nous avons déniché ce qu’il nous fallait. Nous avons trouvé l’épave d’une péniche et une chaudière abandonnée sur une petite île. C’était une étrange petite maison en pierre, sans fenêtre, et qui datait probablement de l’époque des goulags. Nous avons ramené sur le continent des rondins provenant de vieilles maisons en bois pour construire l’église et les cellules des moines car nous tenions à ce que rien n’ait l’air moderne.«
Le tournage du bonheur
Le tournage semble s’être déroulé dans une bonne entente comme en témoigne le réalisateur Pavel Lounguine : « On a eu le sentiment de vivre un moment hors du commun tous ensemble sur cette île de la Mer Blanche. Piotr Mamonov m’a confié après coup qu’il avait changé en jouant ce rôle et qu’il éprouvait une sorte de sérénité rayonnante. » Les conditions météorologiques étaient, elles, moins agréables : « Nous avons tourné L’Île au bord de la Mer Blanche dans des conditions très difficiles. Beaucoup dépendait de leur dévouement et de leur soutien. Je leur suis infiniment reconnaissant d’avoir traversé toutes ces épreuves avec moi.«
La religion
Pavel Lounguine marque avec L’Île un tournant dans sa carrière cinématographique en abordant la religion : « Le film parle de l’existence de Dieu. Il arrive un moment dans la vie où cela devient une question primordiale. Par ailleurs, j’essaie de varier les genres dans ma filmographie et, avec L’Île, j’ai voulu évoquer la vie des saints.«
Des festivals
L’Île a figuré en sélection officielle au 30ème Festival de Toronto, hors compétition au Festival de Venise et en sélection internationale pour le Festival de Sundance.
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Vendredi 8 février 2008 à 21:33
Croyants ou pas, impossible de rester neutre, sans réflexion après ce film. Le décor rompt avec tout confort et convention occidentale, la photo colle aux rôles dans le moindre détail et les rôles prennent superbement parti du dépouillement, de la peur, de la compassion et la fragilité qu’on a envie de revoir le film, tant il touche au plus profond l’ego et l’achèvement de l’humain.
Vendredi 8 février 2008 à 21:36
Allez voir ce film et méditez-le
Mercredi 20 février 2008 à 18:13
habitant nice je n’ai pa eu la joie de voir ce film seulement quelques images, hélas nous chrétiens, n’interessons pas les médias – savez-vous
s’il a une chance de paraitre en DVD – recevez mes respectueuses salutations
Mercredi 20 février 2008 à 18:28
Chère Jacqueline,
Merci pour votre message.
Je ne sais pas s’il y aura un jour un DVD, mais je prie pour.
Hervé
Samedi 23 février 2008 à 5:49
« hélas nous chrétiens,n’interessons pas les médias »
Vu la faible qualité des « médias » en question, c’est plutot une bonne chose : Ca me ferait mal de voir un film chrétien entre les cochonneries de Carlier, Fogiel et Ardisson (D’ailleurs les Chrétiens n’ont aucun interêt à avoir la télé).
Cherchez sur google, « film chrétien », il y a plein de choses intéressantes.
Vendredi 29 février 2008 à 22:06
does anyone knows if there is any other information about this subject in other languages?
Traduction du webmaster : Est-ce que quelqu’un sait s’il existe des informations à ce sujet dans d’autres langues ?
Mardi 11 mars 2008 à 12:30
Absolument magnifique …. Moi aussi je suis en attente du DVD , mais je pense que je retournerai le voir ..
A voir sans faute
Jeudi 5 juin 2008 à 14:38
Je ne peux malheureusement me déplacer, mais
j’ai vu les photos et les extraits de ce film
qui m’a paru merveilleux. Je ne pense pas qu’un film sur la religion attire beaucoup de spectateurs, mais ce film semble être si exceptionnel par sa beauté, que j’aimerais avoir le DVD s’il est sorti.
Jeudi 5 juin 2008 à 17:02
Chère Louise,
Je viens de consulter le site Amazon.fr qui donne une date de disponibilité du DVD au 9 juillet 2008.
Il va falloir patienter encore un peu.
Lundi 16 juin 2008 à 12:38
le dvd vient de sortir… confidentiellement; on peut le trouver à la Procure (ou sans doute le commander dans les bonnes librairies religieuses).
Je l’ai visionné hier soir… je n’ai pas pu m’endormir avant 3 heures du matin. Sue de choses nous paraissent « vaines » après avoir vu ce film qui élève l’âme (croyante ou non) vers Dieu. Je retiens (entre autres) une phrase: « nos vertus… elles puent devant Dieu ». Eh oui, pauvres de nous! ce qui ne veut pas dire que Dieu ne nous aime pas; « je ne suis pas venu pour les bien-portants mais pour les pécheurs… »; encore faut-il se reconnaître comme tels, et non pas comme ces moines qui ont bonne conscience de leurs mérites. Le père Anatoli sait les remettre en place! et avec quel humour!
Lundi 16 juin 2008 à 12:51
La Procure a l’exclusivité de la distribution du DVD en partenariat avec le site orthodoxie.com pendant un mois.
Il y a un lien direct à partir du site http://www.orthodoxie.com
Mardi 17 juin 2008 à 1:36
Je vais humblement avoué que hier j’étais un parfait athée dédaigneux envers toutes les sortes de foi. Aujourd’hui mon regard sur l’humanité, le sens de la vie a changer grace à ce film. Desormais je sais que la foi en quelque chose que l’on nomme dieu, bouddha, mahommet ou autre est salutaire pour l’homme. Elle permet de recentrer sa vie sur le spirituel, sur le besoin de poser notre regard sur les autres , de les écouter , de les aider, de les aimer pour enfin briser nos chaines bassement matérialiste. Ce film est pour moi un véritable chef d’oeuvre et mieux qu’un long discours invite à nous tourner vers l’essentiel.
Mercredi 16 décembre 2009 à 19:59
COMMENT PUIS-JE ME PROCURER LE DVD DE CE FILM ?
Mercredi 16 décembre 2009 à 20:59
Bonjour Monique,
Le DVD est en vente sur Amazon.fr
Vous pouvez le trouver en cliquant ici
Hervé