La fête de l’Annonciation (25 mars)
Ecrit par Herve le Mardi 24 mars 2009
« Réjoui-toi ! » C’est le premier mot adressé à la Vierge Marie par l’archange Gabriel faisant irruption devant elle à Nazareth. Et il donne la raison de cette invitation à la joie : « Comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » (Lc 1,28) On imagine le trouble de la Vierge Marie, qui – rapporte l’évangéliste Luc – « se demandait ce que signifiait cette salutation. Et l’ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé Fils du Très Haut. Le Seigneur Dieu Lui donnera le trône de David, son père ; il règnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin. » Mais Marie dit à l’ange : « Comment cela sera-t’il, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Elisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile ; car rien n’est impossible à Dieu. » Maris dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! » et l’ange la quitta » (Lc 1, 29-38)
Irénée de Lyon (+ vers 208) fait remarque que si « Eve, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même la Vierge Marie devint, en obéissant, cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain » 1. Ne confondons pas ici obéissance et discipline. Cette dernière impose, alors que, sur le plan spirituel, l’obéissance fait appel à notre liberté et devient acte d’amour pour l’adhésion à l’autre.
Mais revenons au récit évangélique, lu également le jour de la fête, et qui relate comment, « en ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Elisabeth. Et ils advint, dès qu’Elisabeth eu entendu la salutation de Marie, que l’enfant (il s’agit de Jean-Baptiste, le précurseur du Christ) tressaillit dans son sein et Elisabeth fut remplie de l’Esprit Saint. Alors elle poussa un grand cri et dit : ‘Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur. » (Lc 1,39-45)
Venons en maintenant aux textes liturgiques dont l’éclairage nous entraîne pas au coeur du mystère :
« Le mystère le plus secret, que les anges mêmes ne connaissaient, est confié à l’archange Gabriel ; et maintenant il s’avance vers toi, colombe très pure et de toute beauté qui renouvelles le genre humain. »2
La Vierge pure a dit à l’archange de DIeu : « tu m’apparais sous les traits d’un mortel et tes paroles dépassent l’humaine raison ! Tu dis que le Seigneur est avec moi et qu’il habitera dans mon sein, mais comment deviendrai-je, dis-le-moi, le séjour de l’Infini, le temple saint du Seigneur qui siège sur le trône des chérubins ? Comment cela se fera-t-il, puisque le mariage m’est inconnu, comment donc enfanterai-je un enfant ? »
L’Archange lui répondit : « Lorsque Dieu le veut ainsi, les lois de la nature sont renversées, il opère des prodiges surhumains ; crois-moi, je dis la vérité, Vierge toute sainte et immaculée. » Alors la Vierge s’écria : « Qu’il me soit fait selon ta parole à présent, j’enfanterai le Dieu transcendant, de ma chaire s’incarnera le seul Tout-Puissant pour ramener les hommes à leur ancienne dignité par la fusion de sa divinité et de notre humanité ».3
« Comment cela se fera-t-il ? » Ce mystère ne souffre pas d’être scruté. L’homme connaît trop peu ce qu’est l’amour pour comprendre l’amour infini et incommensurable de Dieu dont le Fils ne vient pas en grand inquisiteur, mais en Ami des hommes, partageant tout ce qu’il a pour que les hommes aient part à sa divinité. Pure folies à vues humaines !
Dans l’icône, l’archange Gabriel surgit, la main bénissante, devant la Vierge Marie dont le corps s’incurve en signe d’acquiescement. Elle tient un fil à tisser selon une tradition relatant qu’elle fut choisie comme vierge sans tâche de la maison de David pour faire un voile destiné au Temple de Jérusalem 4. SOn siège fastueux, qui se détache sur le Temple à l’arrière-plan suggère son élection confirmée par le rayon de lumière à trois branches dirigé sur elle, symbole de la descente de l’Esprit Saint, l’Un de la sainte Trinité.
» ‘Comment aurai-je un Fils, moi qui suis inépousée ? A-t-on vu jamais qu’un enfant sans semence fût engendré ?’ Mais, s’expliquant, l’ange dit à la Vierge Mère de Dieu : « l’Esprit Saint viendra sur toi et de son ombre te couvrira la puissance du Très Haut.
Sans semance tu concevras, et sans connaître la corruption, car le Dieu d’avant les siècles, tu l’auras comme Fils [...]. Réjouis-toi, qui enfantes de virginale façon et demeures vierge même après l’enfantement.’ » 5
Face au doute tenace de l’esprit humain, et donc de chacun d’entre nous, le liturge met dans la bouche de l’ange des arguments repris de l’histoire du salut :
« A ton ancêtre Abraham Dieu promit de bénir en sa descendance les nations ; Vierge pure, grâce à toi la promesse est accomplie en ce jour. « 6
« Voyant en effet l’échelle te préfigurant, Jacob s’est écrié : Sur elle marche notre Dieu. » 7
« Celui qui a promis à ton ancêtre David de placer le fruit de sa lignée sur le trône de sa royauté, toi seule, t’a choisie. » 8
« Le buisson ayant reçu le feu sans être consumé nous a déjà révélé ineffable mystère te concernant. » 9
L’acceptation de la Vierge Marie, son « oui », à la demande l’archange Gabriel, est l’image du « oui » que tout homme est appelé à prononcer à certains moments de son existence. Engagement pour ou contre le Christ, car la neutralité n’a pas ici sa place.
« l’union s’accomplit en la commune volonté. » 10
« Celui que les chérubins aux six ailes et les séraphins aux yeux innombrables n’osent regarder accepte de prendre chair en elle par [la] seule parole [de Gabriel]. » 11
« Terre sans semailles, Vierge immaculée, reçois comme froment portant du fruit, par la parole, le Verbe des cieux qui va pousser en toi pour nourrir du pain de la connaissance l’univers. » 12
Dieu choisit une femme vierge pour bien montrer que l’Enfant à naître n’est pas le fruit d’une union charnelle. Par l’Esprit Saint prend forme Celui qui est sans commencement. Celui que nul homme n’a jusqu’à ce jour pu regarder et vivre va prendre visage humain.
« Le tarbernacle de notre humaine condition devient le temple de notre Dieu par divinisation de la nature assumée. Mystère que la façon dont s’abaisse le Seigneur, merveille que le mode inouï de sa conception. » 13
« Merveille ! parmis les hommes vient notre Dieu, en des entrailles l’Infini, et dans le temps, l’Intemporel ; et ce qui dépasse tout esprit, c’est la virginale conception, le mystère de l’ineffable abaissement ; car DIeu se réduit à néant, il prend chair, il est formé, tandis qu’à la Vierge est annoncée sa conception. » 14
« En ce jour est révélé le mystère éternel et le Fils de Dieu devint Fils de l’homme afin de prendre en Lui ce qu’il y a de moins bon, pour me donner ce qu’il a de meilleur ; jadis Adam fut trompé : voulant devenir semblable à Dieu, il n’y parvint pas ; mais DIeu Lui-même à présent devint homme pour qu’Adam devienne DIeu. » 15
Image du Père, le Christ est aussi l’image de sa Mère qui devient à son tour à sa ressemblance. Pour le disciple, revêtir le Christ, c’est ressembler également à le Vierge Marie, d’autant plus qu’elle est notre Mère. Comme elle, nous avons à reconnaître la présence de Dieu en nous. Neuf mois durant, elle porte en son sein son Créateur dont le corps en formation se nourrit de son sang. Elle sent battre en elle le coeur du DIeu dont la présence qui remplit l’univers remplit progressivement son sein, devient la chair de sa chair.
Hymne à la joie, le Magificat (Lc 1,46-55) de celle dont le « sein renferme Celui que les cieux même ne sauraient contenir » 16 répond au « réjouis-toi’ de l’archange Gabriel. Mais c’est aussi la création entière qui se réjouit car « le Verbe coéternel du Père qui précède tous les temps, sans quitter les célestes hauteurs, est descendu vers notre infime condition17. [...] Aux hommes Dieu s’unit, sans qu’on puisse l’expliquer18. »
« En toi est venue demeurer la plénitude de la divinité par la bienveillance du Père éternel et l’assistance du Saint-Esprit. [...]
Réjouis-toi, Vierge bénie, par qui Adam est rappelé au Paradis, Ève délivrée de ses liens, le monde comblé de joie, et transportée d’allégresse le genre humain. » 19
Nos oreilles sont journellement assaillies de mauvaises nouvelles sur l’état de la planète. Comme chrétiens, nous avons conscience des conséquences de la chute qui se traduit dans le monde et dans nos vies par la mort et le mal sous toutes ses formes. Mais l’annonce de l’archange Gabriel rejoint celle de l’ange aux bergers le jour de la nativité du Christ : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie. » (Lc 2, 10) Le mot grec Evangelion ou Evangile signifie Bonne Nouvelle que le Christ réalise en sa personne par sa victoire sur la mort et sur toutes les morts à travers sa résurrection avant de siéger à la droite du Père et de nous envoyer l’Esprit Saint, trésor des biens et donateur de vie.
Réjouissons-nous ! Le Christ nous engage à garder ses commandements, afin que sa joie soit en nous et qu’elle soit complète (Jn 15,11).
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1. Contre les hérésies, III, S.C. 211, p. 441.
2. Avant fête, vêpres, lucernaire, ton 4
3. Grand vêpres, lucernaire, ton 6
4. Protévangile de Jacob, ton 4
5. Matines, cathisme, ton 4.
6. Matines, ode 6.
7. Ibid, ode 9.
8. Ibid, ode 5.
9. Ibid. ode 4.
10. Grandes vêpres, apostiche, ton 4.
11. Ibid, lucernaire, ton 6.
12. Avant-fête, matines, ode 9.
13. Grandes vêpres apostiches, ton 4.
14. Laudes, ton 8.
15. Ibid, ton 2.
16. Grandes vêpres, litie, ton 1.
17. Laudes, ton 1.
18. Grandes vêpres, apostiche, ton 4.
19. Ibid, litie, ton 1.
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